Cap sur 1998 !

Sorti sur Netflix le 8 septembre 2023, ce drama romantico-fantastique coréen compte 12 épisodes pour un total de 12 heures et 5 minutes.

C’est une adaptation du drama taïwanais Someday or One Day (2019), prise en charge par la scénariste Choi Hyo Bi (Jeong-Nyeon prévu pour 2024) et le réalisateur Kim Jin Won (Just Between Lovers, disponible sur netflix et viki).

Résumé de Netflix
Une femme en deuil remonte le temps par magie jusqu’en 1998, où elle rencontre un homme qui ressemble étrangement à son défunt grand amour.
[BANDE-ANNONCE]
Une mélodie parfaite
Un des points forts de A Time Called You, c’est indéniablement ses musiques et en particulier, celle qui, sur une cassette, permet de voyager dans le temps.
Personnellement, je trouve que c’est une excellente idée qu’ils n’aient pas repris celle de la série originale! C’est beaucoup plus cohérent pour permettre à chacune de ces œuvres de créer sa propre identité.
Elles sont sorties toutes les deux en 1996 et ont connu un succès important. Celle de Someday (rock, blues rock) et Gather my Tears de Seo Ji Won (ballade) appartiennent à des genres musicaux différents mais se complètent au niveau des paroles.
Néanmoins, Gather My Tears n’aurait pas pu être utilisée pour Someday or One Day et vice versa : elles décrivent littéralement leur (douloureuse et belle) histoire d’amour mais pas de la même façon, elles sont uniques. Elles correspondent totalement à l’écriture des dramas, aux personnages et à ce sentiment de mélancolie, parfait pour basculer d’une époque à l’autre.
Petit fait qui rend cette chanson encore plus triste et fait sens : Gather My Tears n’a pas eu de clip vidéo comme toutes celles du deuxième album de Seo Ji Won alors qu’elles avaient été toutes enregistrées.
En effet, son interprète s’est suicidé durant la nuit du nouvel an et est décédé le 1er janvier 1996. En guise de clip, des vidéos de lui et de son enterrement ont été choisies.
J’espère que le ciel l’a chaleureusement accueilli avec ses larmes 💙.
Doppelgängers et un soupçon de magie
Jeon Yeo Been (After my Death, Be Melodramatic, Night in Paradise) interprète ici deux rôles : celui de Han Jun Hee (2023) et de Kwon Min Ju (1998).
Han Jun Hee
Une bonne carrière, des collègues et amis sympathiques, un appartement confortable, Jun Hee essaye de maintenir cette image pour ne pas craquer. Elle a perdu son petit ami, Yeon Jun, il y a un an dans un crash d’avion et il lui manque terriblement.
Après avoir eu connaissance d’un mystérieux cliché où elle ne se reconnaît pas, elle reçoit un walkman et une cassette (Gather my Tears) qui vont l’amener en 1998.

Kwon Min Ju
Copie de Han Jun Hee, elle est tout son contraire : maussade, timide, dépressive et n’arrive pas à se faire des amis. Elle se sent rejetée par tout le monde, y compris sa propre famille. Min Ju aimerait désespérément être aimée et aimer. L’arrivée de Si Heon et In Gyu va illuminer sa vie.
Mais celle de Jun Hee dans son corps pourrait bien perturber le cours de son existence…

Han Jun Hee dans le corps de Kwon Min Ju
Elle a un sacré caractère et ne se laisse pas marcher sur les pieds, elle déborde d’énergie, est très sportive et toujours positive avec une certaine confiance en elle.

Ahn Hyo Seop (Queen of the Ring) joue les rôles de Ko Yeon Jun (2023) et de Nam Si Heon (1998).
Ko Yeon Jun
Menuisier de profession et dessinant dès qu’il le peut, il est éperdument amoureux de Jun Hee et n’envisage pas un instant sa vie sans elle…

Nam Si Heon
Garçon très populaire au lycée, il rayonne littéralement, un soleil très sociable fan de basket. Il est prêt à tout pour protéger In Gyu et ne laisse personne se moquer de lui.
En jouant les entremetteurs, il ne sait pas encore que son apparence (doppelgänger de Yeon Jun) va chambouler sa vie.

Kang Hoon (Not Alright, But It’s Alright) est Jung In Gyu (1998).
Meilleur ami de Nam Si Heon, In Gyu est un garçon timide et peu sûr de lui. Sa surdité (il porte un appareil à l’oreille droite) lui a valu beaucoup de moqueries mais aussi fait gagné un ami précieux.
Il est amoureux de Min Ju et Si Heon va l’aider à se rapprocher d’elle.

Switch quasi inexistant et jeu inconstant
Le jeu du casting a été la plupart du temps au même niveau que l’investissement passé dans le réalisme des scènes se déroulant en 1998 : peu convaincant.
Si j’ai adoré le petit magasin de disques et la ville de Noksan ainsi que quelques détails que l’on pouvait retrouver cette fameuse année (girls/boys band, pager, console de jeu vidéo, arcades…), grosse déception pour les coiffures et les vêtements. C’était très important pour coller à cette époque et marquer une différence entre chaque doppelgänger.
Pour Jeon Yeo Been, excepté les deux derniers épisodes où elle a pu montrer l’étendue de son talent, son jeu était assez mauvais.
Je ne l’ai pas sentie très amoureuse, pour moi, son amour éclate véritablement dans une scène où elle aperçoit son amoureux, bien changé. Elle court pour le rattraper et la mise en scène a été si bien orchestrée dans le métro, en montrant la distance avec l’effet miroir, la musique qui accentue l’effet dramatique ainsi que le jeu de Jeon Yeo-Bin.
En revanche, elle n’a pas toujours su exprimer le désespoir et la solitude dans laquelle elle s’est retrouvée après la mort de Yeon Jun (et je suis mortifiée d’écrire cette phrase connaissant d’autres rôles de la dame).
Certaines scènes où elle pleure sont excellentes, d’autres pas crédibles du tout (surtout avec les trémolos dans la voix…), ça pouvait changer d’une minute à l’autre.
Par contre, quand elle arborait cette expression là, avec ces yeux très tristes, j’avais envie de la consoler.

Pour Min Ju, je croyais à cette jeune fille timide mais pas à un réel switch, on dirait que c’était Jun Hee plus jeune, pas deux personnes différentes (à part la scène de son anniversaire où elle est passée très vite du bonheur à la tristesse).
Ma version préférée d’elle en plus de la fin, c’est celle de Han Jun Hee à la fac : son sourire et sa joie, ses regards amoureux, son humour, sa garde robe, elle était si lumineuse…

En ce qui concerne Ahn Hyo Seop, malgré un jeu un peu faible, j’ai apprécié sa version de 2023. Il était crédible avec son amour envers Jun Hee, celle qu’il considère littéralement comme sa destinée.

Sa version censée être “misérable” m’a plu, j’ai beaucoup aimé sa façon de pleurer ainsi que ses regards profonds.
Mais celle de 1998 ne fut pas incroyable, aucune réelle différence, il n’est pas si joyeux et éclatant que ça, dommage.
Et pour celle de la fac, j’espérais qu’il soit plus désespéré et passionné mais on ne peut pas tout avoir… (Bon d’accord, j’ai fondu quand il l’appelait « Jun Heeeee », c’était mignon).

Quant à Kang Hoon, son jeu m’avait marqué quand il a failli se battre, j’étais impressionnée. Je me suis aussi surprise à sourire bêtement avec le moment où Min Ju monte derrière lui sur son scooter, le tout accompagné des cerisiers en fleurs.
Le reste du temps, je l’ai trouvé rigide, décevant, trop sérieux et plutôt oublié par la série; au même titre que son arc.
La face lisse et la beauté
Même si j’apprécie la version coréenne, la majorité des scènes comme celle du basket avec les garçons étaient beaucoup plus impactantes, plus violentes, plus crues et naturelles dans la version taïwanaise. Et c’est par ce biais là que la beauté de ce bijou brut était ressortie.
Le drama coréen est trop parfait et fade, gomme les défauts, enterre ce qui lui paraît gênant ou inutile à sa convenance, ne s’éternise pas sur les sentiments alors que le drama taïwanais les laisse exploser.
Il exploite à fond le potentiel des acteurs, n’a pas peur de tout montrer et explore toutes les facettes que l’être humain possède.
Mais de là à dire que A Time Called You est dépourvu de beauté et de sentiments, ce serait scandaleux!
La beauté se retrouve dans le festival de magnifiques couleurs du drama : les couleurs chaudes et froides sont en harmonie et toujours très bien choisies.
Et tous ces lieux qui font partie de la vie des personnages, leur propre beauté qui se voit immédiatement à l’écran…
Pour les sentiments, ça change à partir de l’épisode 5 avec Min Ju (Han Jun Hee est dans son corps) et son oncle ainsi que son frère, je les ai trouvé attachants et drôles.
Dans l’épisode 6, la scène des dessins avec les superbes fleurs est un exemple que les musiques, les couleurs et la cinématographie reflètent autant de sentiments que certains mots ou regards. Avec la pluie et le dessin, j’avais envie de pleurer…
Pour modérer mes propos mentionnés plus haut, je dirais que les émotions surviennent au moment où on s’y attend le moins : un sourire voire même un rire, de la tristesse apparaissent sur nos visages par surprise.
C’est peut être aussi pour ça que cela rend ces moments encore plus beaux et précieux.
Les miroirs du destin
Et le voyage temporel dans tout ça ?
Ayant regardé la version originale il y a 1 milliard d’années, je m’attendais à une mise en place lente, compliquée et tordue des évènements.
En revanche, dans le remake, le rythme entre les différentes époques est naturel, sans qu’on s’en rende vraiment compte, les transitions sont toutes aussi excellentes.
Grâce à elles et aux flashbacks, c’est plus simple et fluide à comprendre.
Mais tout est justement un peu trop facile : les personnages arrivent à tirer les bonnes conclusions rapidement, c’est assez expéditif, de même pour les dialogues.
On s’attarde moins sur les sentiments mais aussi la poésie des mots, la dynamique du trio… il n’y aucune profondeur.
Sans les musiques, le rythme serait quasi inexistant dans cette histoire, on ne pourrait pas profiter de la construction des différentes étapes émotionnelles : elles contribuent à faire ressentir de la joie, de l’effroi, de la tension…
Même si je n’avais pas visionné l’original, je me serai toujours demandé quand l’intrigue allait se mettre en place alors qu’on était déjà en plein dedans… c’était frustrant que tout se règle si vite, qu’il n’y ait pas ce sentiment de suspense et cette envie de démêler tous ces nœuds.
Ici, ce qui était intéressant, c’était les conséquences du voyage temporel sur le passé/présent/futur et les vies des protagonistes, dont la réelle Kwon Min Ju.
Les conséquences sont représentées généralement par des “miroirs” et reflètent nos actions passées, mais aussi les sentiments et les intentions des personnages: la vision du futur, quand Jun Hee aperçoit et poursuit en vain Yeon Jun, les foreshadowing avec les reflets faisant focus sur un personnage puis un autre.
Les vitres du bus où vont se refléter une attaque que Jun Hee a subie alors qu’elle écoute Gather My Tears pour la première fois, une vitre encore qui alerte d’un danger qu’un personnage a provoqué, une loupe, des yeux, le miroir des enquêtes avec ce qui va se passer dans les différentes timelines; qui montre qu’il vaut mieux éviter de jouer avec le voyage temporel.
Un bon moyen de rappeler qu’on ne peut pas ignorer la présence d’une personne dont on a emprunté le corps.
It’s time to wake up from this dream.

La véritable Min Ju a réussi à inverser sa destinée en « passant à travers » le miroir et à retrouver son corps.
Elle a de nouveau le contrôle et n’est plus spectatrice comme elle l’a toujours été. Sa vie compte et Min Ju a aussi le droit à sa part de bonheur.
De retour au lycée, Min Ju trouve son monde changé : en tout cas, c’est ce qu’elle espérait. Elle essaye tant bien que mal de marcher à l’envers (référence à Alice aux Pays des Merveilles) comme Han Jun Hee le faisait et était appréciée de ses camarades. Mais ces derniers se rendent compte que Min Ju ne peut pas courir aussi vite pour rester à leur niveau comme quand Han Jun Hee était dans son corps.
Son miroir reflète une image qu’elle n’aime pas, qu’elle évite et voit dans le regard des autres qu’ils préféraient la nouvelle Min Ju. Elle est donc condamnée à l’imiter, à se détester et à ne plus avoir espoir en la vie.
Chaque miroir est une malédiction, un rappel de sa condition et de ses mensonges.

Ce que l’on cache et enterre : les maladies mentales
A Time Called You a peur des femmes grosses qui ont un rôle où elles sont drôles et intéressantes, des femmes policières avec des responsabilités, des homosexuels s’aimant mutuellement, des règles et des hommes qui savent quels types de protections il faut acheter, mais aussi des personnes avec des problèmes de santé mentale (schizophrénie et dépression).
// SPOILERS IMPORTANTS SUR LES DERNIERS ÉPISODES //
J’ai revu quelques passages de Someday or One Day pendant ce visionnage (le psychiatre, le(s) antagoniste(s) mais pas l’équivalent de Kwon Min Ju pour ne pas être influencé) et la santé mentale quelque peu prise à la légère dans l’adaptation.
// Un personnage important, le psychiatre, est utilisé pour qu’on se méprenne sur qui est le grand méchant de l’histoire (le plan sur les papillons dans son bureau très drôle, je suis morte de rire). Et finalement, il n’a servi à rien tout comme la consultation avec l’héroïne.
Le frère de l’actuel antagoniste (qui lui est bien un véritable danger public!) a été interné dans un hôpital psychiatrique, vivant et dormant dans une “cellule” seul. Il n’est pas considéré malade mais implicitement fou, un des professeurs de Si Heon lui dira qu’effectivement ce n’est pas une maladie…
L’innocent n’évolue pas avec les autres patients, il n’a pas entendu de voix ni n’a eu d’hallucinations avec l’héroïne. Il dit que ce n’est pas lui, rit et parle comme si il était devenu « stupide », presque sur un ton enfantin.
Autre détail qui m’a perturbé, la pièce où ils discutent avec Jun Hee est blanche avec une lumière aveuglante et la seule couleur qui ressort est le vert des fausses plantes.
Assez ironique quand on voit qu’il ne peut visiblement pas sortir et que les couleurs font partie de l’identité du drama…
Alors que dans le drama taïwanais, il vit dans une maison de soins et a le droit de se promener à l’extérieur (toujours sous surveillance il est vrai…).
Il ne rit jamais et se sent véritablement mal par rapport à ses actes atroces, il se parle à lui-même et pas à l’héroïne.
La schizophrénie est expliquée au lieu d’être simplement qualifiée de “folie” (même si on sait qui est à l’origine de toutes ces souffrances) : il a subi un choc émotionnel, entend des voix et imagine que l’héroïne est devant lui, lui suggère de la tuer etc… Il présente également des signes de scarifications. //
Pour revenir à Minju, je voudrais parler de la représentation sans tabous de la dépression et du suicide.
Sa dépression n’a pas été prise au sérieux et elle était jugée faible, ne faisant aucun effort pour quoi que ce soit (faire le ménage, avoir des bonnes notes et des amis…).
Alors que cette choupette, que je trouve personnellement courageuse, s’est efforcée chaque année de s’intégrer. Malgré tous les échecs qu’elle a essuyé, elle a continué.
Mais comment tenir quand on se sent désespérément seule à l’école et à la maison, qu’on n’arrive pas à répondre aux attentes des autres ? Progressivement, Min Ju a dû avoir de moins en moins de force mentalement et physiquement, agissant mécaniquement et peinant à effectuer certaines tâches.
Personne n’a essayé de véritablement la connaître parce qu’ils étaient trop occupés à la juger et à lui donner des conseils, qui l’ont fait se sentir encore plus mal.
// Et l’épisode 12 montre enfin cette réalité, après avoir évité le sujet pendant tout le drama, tout comme les autres personnages qui ont ignoré les appels au secours de Min Ju.
Jeon Yeo Bin m’a impressionné, elle a réussi à donner vie à trois personnages (Jun Hee, Min Ju et Min Ju qui tente d’imiter Jun Hee) et à ces sentiments complexes. Son jeu était vraiment génial , elle avait même adopté une démarche particulière et changé sa voix pour jouer Min Ju.
La scène avec le suicide fut tout aussi impressionnante, ce n’est pas un sujet qui est considéré tabou et il montre ce que l’on peut ou ne pas dire à une personne qui souhaite mourir. //
PS : Quelques liens avec ce chouette casting pour vous faire sourire ~
J’espère que cet article vous aura plu et je vous dis à bientôt! ✨

Sources :
https://www.nautiljon.com/dramas/a+time+called+you.html
https://en.wikipedia.org/wiki/A_Time_Called_You
https://mydramalist.com/689831-someday-or-one-day
https://fr.wikipedia.org/wiki/Seo_Ji-won
[STORY] Seo Ji-won
https://fr.wikipedia.org/wiki/De_l%27autre_c%C3%B4t%C3%A9_du_miroir